Retours du colloque sur les PE du 11 mars 2018

mars 29, 2019

Retour(s) du colloque sur les Perturbateurs Endocriniens du 11 mars 2018 !

 

Organisé par Générations Futures, la Fondation Léa Nature et quelques députés soucieux de notre santé, le colloque sur les Perturbateurs Endocriniens a attiré de nombreux professionnels, associations et particuliers à l’Assemblée Nationale !

 

Récemment considérés comme dangereux, les « PE », ces substances microscopiques que l’on retrouve dans de très nombreux produits du quotidien mais aussi dans notre alimentation inquiètent davantage de citoyens.

 

La montée des informations disponibles sur internet, les recherches de l’INRA (et d’autres organismes scientifiques) et le travail remarquable d’associations comme Générations Futures ou Génération Cobayes tendent à démocratiser le sujet et à mobiliser consommateurs et professionnels.

 

Si les connaissances scientifiques et les revendications se multiplient, les évolutions gouvernementales et réglementaires restent quant à elles cloisonnées... Le système de précaution à la Française tant décrié autrefois ne prévaut pas en matière de protection de notre santé sur long terme.

 

Les Perturbateurs Endocrinien, qu’est-ce que c’est ?

 

Il s’agit d’une molécule ou d’un agent chimique composé ayant des propriétés hormono-mimétique. En d’autres termes ce sont des microparticules qui ont une influence sur notre système hormonal. Selon le Dr Pierre-Michel Périnaux, président de l’association « Alerte des Médecins sur les Pesticides », ce système est le plus grand réseau de communication de notre corps, il serait 1000 à 10 000 fois plus sensible que notre système nerveux central. Les molécules agissent sur notre équilibre hormonal, mais aussi sur celui des autres êtres vivants, même à très faibles doses. Les conséquences peuvent se manifester sur le long terme, parfois même sur les générations suivantes (par exemple une exposition du foetus au bisphénol A est corrélé à l’augmentation du risque de souffrir d’un cancer de la prostate). Le risque est donc intergénérationnel, différé et boosté par ce qu’on appelle « l’effet cocktail » : il est difficile de mesurer aujourd’hui les troubles que ces substances croisées peuvent générer. Et pourtant, ils sont là !

 

Le Bisphénol A, rappelez-vous, avait été interdit dans les biberons. Il est loin d’être le seul élément nocif, et d’autres sont malheureusement venus le remplacer. Néanmoins, fin 2017, le Sénat semblait avoir pris de nouvelles résolutions, visant une réglementation européenne renforcée. C’était sans compter sur les lobbys de l’industrie, lesquels ont délivré de nombreuses études et rapports amenant la controverse afin de faire reculer le débat...

 

Pourtant les études scientifiques et médicales indépendantes avançant les effets néfastes des PE ne manquent pas. Des corrélations entre les substances et diverses maladies sont clairement identifiées ! Notons les 4 grands types de pathologies retrouvées : puberté précoce, cancer hormono-dépendant (sein, ovaire, thyroïde, prostate...), troubles métaboliques (diabète, obésité...), troubles neuropsychologiques (dépression, autisme...)... Nous en savons suffisamment aujourd’hui pour faire appliquer le fameux principe de précaution ! Et d’années en années nous en apprenons toujours davantage, nous découvrons de nouvelles victimes, qu’ils soient particuliers, ou professionnels. Qu’attendons-nous pour arrêter de prendre ces risques ?

 

L’alimentation est le premier facteur de contamination !

 

Dans notre alimentation, les PE proviennent des résidus de pesticides, des emballages au contact des aliments, des ustensiles de cuisson mais aussi des additifs délibérément ajoutés aux produits. Sans parler des éléments non ajoutés aux produits mais utilisés lors des processus industriels, ou des substances toxiques qui se développent au cours des transformations alimentaires.

 

Les contaminants s’accumulent notamment dans les tissus adipeux, au fil de la vie. Des études avancent même qu’ils pourraient être en partie à l’origine de l’effet yoyo ( perte puis la reprise de poids)... Non seulement, des produits douteux sont autorisés, mais en plus, il n’y a pas encore de réglementation concernant les contenants alimentaires (ni les jouets pour enfants d’ailleurs).

 

Dans de nombreux produits, une part non négligeable de substances utilisées comme ingrédients est souvent tenue secrète... C’est ce que nous confie le président de l’association Phyto Victimes qui vient en aide aux professionnels victimes des pesticides. Selon lui, les agriculteurs vont jusqu’à utiliser plus de 900 produits différents appelés « les médicaments des plantes ». De nombreux problèmes intimes (fertilité, hermaphrodisme, malformations, cancers précoces...) se développent sur ces populations directement exposées. Il s’agit, pour lui, d’une véritable bombe à retardement.

 

Le sujet n’est pourtant pas abordé au sein des agriculteurs... D’autant plus que des structures liées à de grands groupes industrielo-pharmaceutiques interviennent dans les lycées agricoles, parfois sous couvert d’un pseudo thème écologique, pour distribuer des échantillons gratuits (cela rappelle au médecin présent le lait en poudre distribué dans les maternités...) !

 

Quelles sont les avancées scientifiques en matière de connaissance de ces produits ?

 

Le réseau HEAL nous parle du règlement Reach pour les industriels. En 2019, 14 substances ont été identifiées, 1000 sont avérées ou suspectés être des PE.

Une grande étude est actuellement en cours dans le cadre de la 2eme Stratégie Nationale sur les PE, et les résultats devraient être communiqués courant 2020...

 

Pour l’instant, les additifs autorisés sont énoncés dans le règlement de la Commission Européenne, soumis en France à l’évaluation de l’ESFA. Dans la liste des substances autorisées, nombreuses sont considérées comme risquées par diverses études indépendantes. Pour avoir un ordre d’idées, dans le secteur alimentaire conventionnel, 350 additifs sont autorisés alors que dans le cahier des charges des aliments issus de l’agriculture biologique, nous pouvons en retrouver 50.

 

Mais tout cela n’est pas simple. Pendant le colloque, une agronome de l’INRA nous rappelle l’échec du plan Ecophyto. Les objectifs étaient trop grands pour faire bouger les lignes d’un système intensif bien organisé, verrouillé et centré sur le chimique. Les verrous économiques, culturels et administratifs pèsent sur les avancées tout comme le turn-over incessant des experts mobilisés dans la recherche.

 

L’ « agribashing » organisé par l’Etat, n’aide pas à limiter l’utilisation des produits. Penons l’exemple du Glyphosate. Celui-ci est toujours autorisé (cela paraît ben évidemment fou après le nombres de revendications et d’informations sur le sujet...) mais il est gentiment proposé aux agriculteurs d’avoir une utilisation « raisonnée » et d’en mettre moins sur leurs parcelles. Si ça ce n’est pas de l’incitation douce...

 

Autre exemple, le lobby européen du plastique a attaqué le règlement européen sur des procédures juridiques afin de gagner du temps (notamment lors des discussions sur les phtalates, substances interdites car classées comme cancérogène avéré, qu’on retrouve pourtant dans les produits recyclés...).

Quand l’argent entre en jeu, le bon sens se perd. A noter qu’aucun compte rendu des comités techniques de la Commission Europe n’est délivré par les Etat membres.

 

Citoyens et entreprises à la rescousse !

 

Face à cette passivité et mauvaise foi risquée, des mouvements de consommateurs émergent ! Ils exigent des alternatives. Or, le 4e pouvoir représenté par les lobbys de citoyens est bien plus fort que le lobbying financier. Il est temps de faire entrer le droit des générations futures dans la constitution et d’inciter le recours aux solutions existantes pour éviter les PE.

 

Car des alternatives existent déjà ! De l’agriculture biologique et produits non-transformés, aux ustensiles et objets du quotidien sains, il est possible d’éviter un grand nombre d’additifs controversés.

 

Et c’est ici que les entreprises ont, encore une fois, un grand rôle à jouer en prenant leurs responsabilité et en dépassant la réglementation. Nous pouvons remarquer qu’en réponse à des attentes de consommateurs toujours plus informés et exigeants : ce que les pouvoirs publics n’arrivent pas à mettre en place, ce sont les entreprises qui le font ! Le secteur économique va souvent plus vite que le politique car il anticipe les évolutions...

 

Pour cela, il faut également que les consommateurs et professionnels soient sensibilisés et surtout qu’ils changent leurs pratiques et achètent en conscience afin d’influencer et d’accélérer l’évolution de l’offre.

 

 

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